Le jus de fruits influence-t-il le poids corporel ?



Consommation de jus de fruits 

En Europe, la consommation quotidienne moyenne de boissons à l’enfance et à l’adolescence est de 1 455 ml, dont principalement de l’eau. En moyenne, les boissons fournissent 1 609 kJ (385 kcal), dont environ 30 % proviennent de boissons sucrées, 21 % de lait sucré et 18 % de jus de fruits. 

Pour la Belgique, nous apprenons de la Food Consumption Survey (2014) que la population belge (3-64 ans) buvait en moyenne 1,17 litres d'eau ou de boissons non sucrées par jour. Par conséquent, 73% de la population est sous la recommandation du triangle alimentaire actif. Cela augmente à plus de 90% chez les 6 à 17 ans! Parmi les 3 à 64 ans, seulement 16,8% consomment des jus de fruits ou de légumes par jour. 43,6% ont déclaré qu'ils ne boiraient jamais de jus de fruits ou de légumes. Les enfants consomment le moins souvent des jus de fruits ou de légumes par jour: 5,4% des 3-5 ans et 6,4% des 6-9 ans. 

Selon les informations sectorielles actuelles, la consommation moyenne de jus de fruits à 100% n'est que de 35 ml / jour en Belgique, ce qui correspond à 15 kcal / jour ou au tiers d'une portion de fruit.
Ces chiffres suggèrent que la surconsommation n'est pas un risque réel en Belgique. Même si les apports journaliers atteignaient 150 ml, quantité qui équivaut à une portion de fruits dans certains pays européens, l’apport énergétique quotidien provenant du jus de fruits ne serait que de 62 kcal ou 3 % de l’apport énergétique de référence (2 000 kcal).  


Les jus de fruits ont-ils un impact sur le poids corporel des adultes ? 

Les résultats à ce sujet sont contradictoires, principalement parce que des approches différentes ont été utilisées. Souvent, les études ne font pas la différence entre les jus de fruits et les jus avec des sucres ou sirops ajoutés. En outre, dans la plupart des études, le groupe de contrôle est représenté par des personnes consommant de boissons gazeuses sucrées.  

Peu d’études ont pris en compte l’impact spécifique des jus de fruits  sur le poids corporel des adultes et la littérature est dominée par des données d’observation qui ne permettent pas de déterminer la cause et l’effet. Les résultats de ces études sont variés, et vont de corrélations positives entre le gain de poids chez l’adulte, quoique dans des quantités cliniquement insignifiantes, et la consommation de jus de fruits  à des associations inverses entre l’indice de masse corporelle, le tour de taille et la consommation de jus de fruits. Ces deux analyses secondaires ont été réalisées au sein de populations américaines. 

Une étude d’une grande cohorte européenne n’a mis en évidence aucune association entre la consommation combinée de jus de fruits et de nectars de fruits et l’indice de masse corporelle. Un résultat similaire a été observé dans le cadre de l’enquête Food4Me menée auprès d’adultes issus de sept pays européens différents.  Cette confusion s’explique probablement par la nature de l’épidémiologie, que d’autres comportements peuvent rendre extrêmement confuse. En effet, la consommation de jus de fruits tend à être statistiquement associée à des comportements bénéfiques pour la santé, tels qu’une consommation moindre d’alcool, le non-tabagisme ou une activité physique plus importante. 

En règle générale, si la consommation de jus de fruits n’est pas excessive et s’inscrit dans le cadre d’un régime alimentaire équilibré, il semble y avoir très peu de preuves d’un risque accru d’obésité. Si l’on examine les quelques essais contrôlés randomisés disponibles, ceux-ci ne révèlent aucun impact sur la gestion du poids, même à des doses allant jusqu’à 500 ml par jour. 

Les auteurs d’une étude récente sur les jus d’agrumes ont conclu que « d’après les études cliniques interventionnelles, l’ajout de jus d’orange ou de pamplemousse à un régime alimentaire habituel ou à l’étude n’a pas entraîné de changement de poids, ce qui laisse à penser que les individus ont probablement compensé cela par d’autres choix alimentaires ». Un essai clinique randomisé contrôlé de 2017, dans lequel les participants ont bu 500 ml de jus d’orange par jour pendant 12 semaines dans le cadre d’un régime à calories contrôlées, est parvenu aux mêmes conclusions.  

La teneur en sucres des jus de fruit  a fait l’objet d’un examen minutieux en ce qui concerne le gain de poids et le risque d’obésité. Ces sucres proviennent directement du fruit pressé pour obtenir le jus puisque, en vertu de la loi, les jus de fruits ne peuvent pas contenir de sucres ajoutés. À la suite d’un examen systématique approfondi, une équipe de chercheurs mandatés par l’OMS a conclu que l’excès de calories était responsable du gain de poids, et non les sucres en particulier. Par conséquent, lorsque l’apport énergétique et les dépenses énergétiques sont en équilibre, les sucres alimentaires provenant de jus de fruits n’augmentent pas le risque de gain de poids excessif.  


Consommation de jus de fruits et poids chez les enfants  

Les données de 12 des 19 études identifiées dans la littérature n’ont pas mis en évidence de corrélation significative entre la consommation régulière de jus de fruits et l’IMC, ou les variations du poids corporel au fil du temps. Trois études ont indiqué que le risque de surpoids et d’obésité diminuait statistiquement et de façon significative à mesure que la consommation de jus de fruits augmentait. Trois autres études ont en revanche fait état d’une corrélation significative entre la consommation de jus de fruits et le gain de poids. Toutefois, les niveaux de consommation dans ces études étaient particulièrement élevés et comprenaient des boissons autres que des jus de fruits (p. ex. jus de fruits dilués, sirops, jus minéraux aromatisés et boissons isotoniques). Une étude a montré que des niveaux de consommation de jus plus élevés étaient associés à un risque supplémentaire de prise de poids uniquement chez les enfants déjà en surpoids ou qui y étaient prédisposés. 


Inversement, une consommation plus fréquente de fruits frais a été associée à une augmentation plus faible du poids corporel. Ces conclusions ont été confirmées par une analyse systématique de 2016, qui indiquait qu’aucune des 22 études menée chez les enfants et les adolescents n’avait trouvé aucun lien significatif entre la consommation de jus de fruits et le poids/l’adiposité après contrôle de l’apport énergétique. Une méta-analyse de 2017 qui s’est penchée sur huit études prospectives impliquant plus de 34 000 enfants n’a trouvé aucun lien statistique ou clinique entre la consommation de jus de fruits et les valeurs du z de l’indice de masse corporelle.  


Effet de la précharge avec le jus de fruits  

Des études comparant les effets de la précharge à base de fruits ou de jus de fruits ont montré que la précharge sous forme liquide conduit à un apport énergétique plus élevé lors du repas suivant, bien que dans certains cas, cette différence ne soit pas statistiquement significative ou qu’il n’y ait aucune différence entre les solides et les liquides. On pense que la tendance à la surcharge pondérale ou l’obésité, en particulier chez les enfants, est due à l’absence de réduction compensatoire de l’apport énergétique dans le repas suivant la précharge avec des boissons caloriques (y compris les jus de fruits). 


Cependant, les effets de la précharge se sont avérés similaires tant avec du jus de fruits qu’avec du yaourt contentant des morceaux de fruits. Chez les enfants obèses, l’apport énergétique du repas suivant semblait être inférieur d’environ 15 % après la consommation d’une précharge à base de lait écrémé ou de jus de pomme en comparaison avec une précharge uniquement à base d’eau.  


Effets sur la satiété 

À type d’aliment égal, la précharge sous forme solide se traduit souvent par un apport énergétique plus faible au repas suivant qu’une précharge sous forme liquide. Une étude a révélé que la précharge avec des quartiers ou de la compote de pommes réduisait la quantité d’énergie consommée par la suite dans une plus grande mesure que la précharge avec du jus de pomme. Certaines études ont démontré que les jus enrichis en fibres rassasient davantage. Quel que soit le type de précharge (solide, semi-solide, liquide), l’apport énergétique qui en résulte semble être compensé par un apport énergétique réduit lors du repas suivant. 


Conclusion 

En dépit des inquiétudes, le jus de fruits ne fait pas l’objet d’une surconsommation en Europe. Une augmentation de sa consommation à 150 ml par jour en moyenne aurait même un impact minimal sur l’apport énergétique. Les données d’observation concernant l’impact des jus de fruits sur le surpoids et l’obésité chez les adultes sont rares et conduisent à des conclusions mitigées. Cependant, beaucoup de ces études associent jus de fruits et boissons contenant du sucre, ce qui donne une vue tronquée des résultats. Des essais contrôlés randomisés laissent entendre que les jus d’agrumes n’ont aucun impact sur le poids corporel, même à des doses allant jusqu’à 500 ml par jour pendant 12 semaines. Les études chez les enfants et les adolescents indiquent surtout l’absence de lien entre la consommation de jus de fruits et le risque de surpoids ou d’obésité.  

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